L’Europe politique, le retour aux « fondamentaux »

Le 25 mai dernier nous votions pour les européennes, pour cette Europe qui est attaquée de toutes parts dans un monde où le multilatéralisme à fait place au bilatéralisme, ou tout simplement à la loi du plus fort.

Pour le démontrer, les coups de butoir de Donald TRUMP au niveau économique en désignant l’Europe comme un adversaire des États-Unis ; la Russie de Vladimir POUTINE qui organise les tensions militaires aux frontières de l’Est et qui cherche la déstabilisation politique par les réseaux sociaux lors des élections dans les pays européens ; La Chine qui organise une concurrence déloyale entre ces entreprises et les sociétés notamment européennes et enfin ce BREXIT sans fin ont été autant d’éléments qui ont permis aux commentateurs de prédire les plus grands maux voire la fin de l’Union Européenne.

Cette élection a-t-elle changé la donne ?

Plusieurs constats :

Le retour des citoyens européens dans cette élection qu’ils avaient désertée ces dernières années avec un accroissement important de la participation dans la plupart des pays avec pour l’ensemble de l’Union Européenne presque 51% de votant, soit la plus forte depuis 20 ans.

C’est une tendance générale, qui masque des disparités importantes, notamment entre l’ouest et l’est.

A l’ouest des participations globalement supérieures à 50% avec des progressions de la participation parfois très importante entre 2014 et 2019, plus 13% en Allemagne à 61% , 20% en Espagne à 64% (qui a aussi choisi de lier ce vote aux élections régionales),  14% en Autriche à 59,8%, la France à 50, 1% en augmentation de 8%.

A l’est, des participations souvent inférieures à 40% avec des progressions faibles voire négatives et des exceptions comme la Pologne avec un bond de la participation de 23,8 à 45,7% ou la Roumanie passant de 29 à 51% de votants.

Un vote clairement « pro Europe »

Autre constat, les Européens ont voté pour l’Union Européenne en votant majoritairement pour des partis Européistes, avec même une grande constance par rapport à 2014 et contrairement à ce qui avait été annoncé la percée des populistes ne s’est pas vérifiée en 2019 comme cela avait été le cas en 2014.

Les Européens envoient  ainsi un message clair, leur intérêt pour l’Europe ne s’est pas éteinte, et ils l’ont confirmé en élisant plus de 65% de députés pro Union Européenne. Maintenant, c’est aux politiques d’avoir entendu les messages pour que l’Europe évolue, soit plus forte sur la scène internationale et reste un acteur majeur du nouveau monde qui se met en place.

Il se pourrait bien qu’ils aient été entendus.

 

Une Union Européenne recentrée et forte

Après plusieurs semaines d’interrogation, de recherche de consensus et finalement de négociations âpres entre les Dirigeants Européens et les nouveaux élus au Parlement Européen. Le résultat est là. Toutes les nominations qui avaient été annoncées ne se sont pas produites. Et les cartes ont été rebattues.

Et à la fin, comme on dit au rugby, c’est le retour aux « fondamentaux » et plusieurs messages forts viennent d’être donnés :

  • La nomination de deux femmes – à ces postes de pouvoir pour représenter la deuxième puissance économique mondiale est aussi un message fort sur l’affirmation sociologique et culturelle de ce que peut être l’Europe et l’Union Européenne par rapport au reste du monde où les dirigeants sont essentiellement masculins.

Ces nominations montrent aussi un grand virage à l’ouest avec la Présidence du Conseil à la Belgique, les affaires étrangères à l’Espagne et le parlement à l’Italie.  Ainsi les 4 fondateurs de l’Europe initial de 1957 associés à l’Espagne ont pris les principaux postes de l’Union Européenne. A eux 5, ils  représentent plus 50% de la population et 60% du PIB global européen (avec le Royaume Unis et 75% sans).

D’un point de vue politique, Angela Merkel sera la principale gagnante à court terme en sortant par le haut en permettant à une proche, Ursula von der Leyen (si sa nomination est confirmée par le Parlement), de redonner la présidence à l’Allemagne de la Commission de l’Union Européenne après cinquante ans d’absence.

Ce recentrage sur la vieille Europe donnera de fait une vraie légitimité à ces nouveaux dirigeants de l’Europe pour échanger avec leurs partenaires et / ou concurrents tel que Donald Trump, Xi Jinping, Vladimir Poutine…

Mais pour s’inscrire dans la durée, les nouveaux dirigeants Européens ne devront pas oublier « les perdants » de ces nominations, en premiers les pressentis initiaux mais aussi les pays de l’est et du nord qui ne sont pas représentés ou qui n’ont aujourd’hui au mieux des Vice-Présidences.

Tel que le dit Emmanuel Macron : « L’Équipe d’Europe » est enfin désignée. Mais c’est sur le terrain, par l’action que les citoyens européens attendent et jugerons cette nouvelle l’Europe Politique.

Philippe Rouger
Président de l’Écho des Arènes

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