Le double enjeu de la reconstruction : le cas des seniors

Après l’urgence de précaution 2020, voici venir l’urgence d’action 2021.

2020 a été une année dominée par la mise en place d’un système de précaution. C’est une année de charnière, celle d’une pandémie mondiale arrêtant tout sur son passage, figeant net l’ensemble des rouages économiques et sociaux de toute une planète.

Ce mal, ce virus polymorphe a contraint peu à peu les gouvernements à prendre des mesures exceptionnelles. Stopper à tout prix la diffusion, protéger les populations et éradiquer le processus de contagion, tels ont été les maitres mots de politiques souvent challengées.

2021, elle, est l’année de l’action. Si contenir la propagation du virus reste une priorité, la stratégie majeure devient celle de la réparation des dommages et de la préparation d’une cohabitation au quotidien entre un virus dont on sait qu’il ne disparaitra pas de sitôt et les éléments indispensables à la vie économique et sociale. Si la vaccination est devenue un des éléments essentiels de cette stratégie, il reste que les stratégies visant à aménager le retour vers une certaine normalité revêtent peu à peu un caractère d’urgence absolue.

La place des seniors dans ce retour à la normalité aménagée est loin d’être anecdotique.

La grande vulnérabilité et le taux élevé de mortalité des seniors face à l’infection du virus ont parfois conduit à prendre des mesures drastiques à leur égard. Certains par des raccourcis un peu simplistes ont même fustigé les gouvernements en raison de précautions pénalisant l’ensemble de la population prétendument pour cette seule cause.

Mais les faits sont là et les données dont on dispose dans certains pays comme l’Allemagne sont particulièrement édifiantes.

Le bilan des dommages causés par l’évolution du virus sur ces populations est sans appel. La contamination les expose à des suites très lourdes. Le taux de contamination est significativement supérieur, le taux de complication, d’hospitalisation et de mortalité aussi.

La mobilisation des ressources permettant de faire face aux conséquences de l’infection, traitements et hospitalisations n’est que partiellement efficace. Ce constat étendu à l’ensemble de la population a conduit à la mise en place de mesures de confinement plus ou moins strict. La non-exposition au risque restant une parade indispensable avec son alliée, l’extension de la vaccination.

Du confinement absolu de mars 2020 en France au confinement de mars 2021 une certaine élasticité dans l’application des mesures s’est installée.

On constate que la mise en quarantaine forcée de toute la population, les mesures de distanciation et la fermeture de toutes les instances permettant échanges et rassemblements ont particulièrement touché les seniors. Ces observations effectuées après le premier confinement et les deux suivants, ont montré les limites de mesures de précaution aux effets collatéraux d’une dangerosité loin d’être négligeable.

Les conséquences du confinement sont similaires à celles observées à l’occasion d’études sur ce segment de population.

Le principal danger mis en évidence est celui provoqué par la solitude, caractérisée par la rupture des liens sociaux. Les dommages peuvent être irréversibles.

L’étude canadienne de l’ESCC-VS de 2008-2009, réalisée hors période de pandémie, montre que l’isolement social est associé à un risque accru de mortalité comparable aux facteurs de risque traditionnels comme la consommation d’alcool, le tabagisme et l’obésité. On constate une augmentation du taux de mortalité lié cette seule cause de 33% chez les hommes et de 26% chez les femmes.

Mais ce n’est pas le seul danger, on constate aussi la manifestation du syndrome de glissement.

Un syndrome qui survient en règle générale après une maladie ou un évènement perturbant se traduit par une grande déstabilisation physique et psychique. L’anorexie, la dénutrition et l’apparition d’un comportement de repli et d’opposition en sont les signes majeurs.

C’est un basculement vers un état de grande déstabilisation physique et psychique pouvant donner lieu à une dégradation rapide et parfois irréversible de l’individu.

Or si l’on considère la part des plus de 60 ans dans la population, on ne peut qu’être inquiet face aux conséquences de cet isolement à marche forcée.

En effet, au-delà des considérations de santé publique, le marché de la silver économie estimé à 130 milliards d’euros à l’horizon 2030, était aussi considéré avant Covid comme un relai de croissance essentiel.

La BPI indique que ce marché à fort potentiel représente 0,25 points de PIB/an ; emplois, infrastructures et évolutions des besoins en consommation forment le triptyque puissant de cette économie remise en cause.

Estimations 2016 Source BPI

L’urgence de précaution doit désormais s’accompagner d’une urgence d’action et d’aménagement. Cette équation composée de multiples inconnues est désormais vitale.

La vaccination conjuguée aux mesures de précautions sont des éléments de reconstruction essentiels mais non suffisants.

Penser, repenser, en dehors du cadre la vie en commun, les interactions et relations sociales est aussi une urgence absolue.

Réévaluer les conditions de mise en place de ces interactions et leurs contours est une priorité à laquelle chacun peut et doit donner une réponse appropriée selon les circonstances, sans omettre les arbres de décisions à élaborer sans tarder.

Patricia Capelle
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