Un confinement gagnant mais un lourd tribut pour les EHPAD

La bataille du confinement va-t-elle être gagnée ? Certainement pour partie

Pour faire face à la pandémie du coronavirus qui a frappé de plein fouet notre pays, la première réaction du gouvernement a été de décréter le confinement général de la population. L’intervention a été grandiloquente et martial, le Président Emmanuel Macron a parlé de guerre à mener et que le confinement total était le passage obligé pour permettre la victoire future contre le virus.

L’isolement est une mesure classique de la gestion de crise. Quand on ne maitrise pas ou plus la situation, la décision est prise de bloquer la source visible du problème. Ce faisant  on espère arrêter le flux (ici le coronavirus) et de limiter les dommages, et ce généralement avec plusieurs objectifs :

  • Traiter l’existant en y mettant le maximum d’énergie humaine
  • Maitriser le flux pour ne pas surcharger les équipes
  • Gagner du temps pour comprendre et trouver des solutions pérennes qui permettent de traiter le problème
  • Se préparer à gérer les dommages collatéraux générés pour la décision d’isolement.

Mais attention, ce type de décision ne traite jamais le problème, elle le repousse…

Dans le cas du confinement, trois objectifs clairs ont été avancés.

  • Le premier, qui est celui qui a été le plus mise en valeur par le gouvernement, est le fait de protéger notre système de santé et de faire en sorte que les hôpitaux ne soient pas submergés par l’afflux de malades et qu’ils puissent les traités.
  • Le second, moins mise en valeur dans la communication gouvernementale, est la gestion des carences accumulées pendant des années, en vrac ; Carence de masques, carence de respirateurs, carence de lits de réanimation, carence de blouses, carence ….
  • Le troisième est plus basique, mais aussi le plus important, c’est simplement gagner du temps pour comprendre le fonctionnement de ce nouveau virus, voir son impact, attendre une éventuelle saisonnalité et trouver des solutions avec un traitement ou un vaccin.

Dans le cas présent, conformément au « Plan national de prévention et de lutte des pandémies grippales », la fermeture des écoles et les gestes barrières ont été mis en œuvre rapidement. Malheureusement la carence de masques, pourtant éléments essentiels de protection et des mesures barrières, n’ont pas pu être distribués au-delà des centres hospitaliers au stade 1 de la pandémie*. Cela a certainement eu de lourdes conséquences, la première étant la vague importante qui a touché les EHPAD.

Le lourd tribut des EHPAD dans cette pandémie

On a réagi dès le 11 mars en interdisant les visites des familles dans les établissements spécialisés pour personnes âgées et on pensait avoir trouvé la solution. Il y avait alors 2 281 cas recensés en France, dont 105 personnes en réanimation et 48 décès. 2 mois plus tard, rien que pour les 720 000 personnes  en EHPAD, 10% en été infectés avec 72 000 cas recensés, et avec 13 000 morts, ils représentent à eux seuls 50% des morts du coronavirus (source : Santé publique France**).

 

Qu’est ce qui n’a pas marché ? A défaut des familles confinées et interdites ce sont les personnels soignants, qui, a leur corps défendant car ne disposant pas de protection suffisante, ont ramené la maladie et la pandémie dans leurs établissements. Le confinement en EHPAD ou Etablissement médicalisés a fait le reste. Ce constat n’est pas exclusif à la France, car tous les pays européens ont connu la même problématique avec une mortalité très importante et souvent équivalente à celle que nous connaissons.

C’est une analyse qui a été faite aussi dans les hôpitaux dans les services non Covid, qui n’ont disposer de masques et d’équipement de protection que bien trop tard, faisant dire à certains intervenants experts que nous avons vu sur les plateaux, que la propagation du virus avait un aspect nosocomial car se propageant directement dans les services de santé et en particulier dans les hôpitaux.

Espérons que nous saurons apprendre de nos erreurs à l’avenir.

Si on revient sur la gestion de crise, la réouverture des flux et donc le déconfinement ne peut normalement se faire qu’après avoir mise en place les solutions durables. On voit bien que le 11 mai, même s’il semble que la protection du système de santé soit une réussite avec la baisse des nouveaux cas hospitalisation et en réanimation, que les carences soient en partie résolues, mais qu’aucune solution pérenne de traitement pour éviter la mortalité n’existera !

Quelles sont les nouvelles méthodes qui vont être mises en place, et quid des actions palliatives aux problèmes générés par le confinement ?

IL va falloir être clair pour ne pas ajouter la confusion à l’incertitude, les semaines à venir nous le dirons.

Donc, victoire humaine oui pour les soignants et les hôpitaux qui se sont adaptés et qui ont géré les vagues de malades mais victoire sur le virus certainement pas.

Philippe Rouger


* Plan national de prévention et de lutte, pandémie grippal : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_Pandemie_Grippale_2011.pdf

** Santé publique France : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/infection-au-nouveau-coronavirus-sars-cov-2-covid-19-france-et-monde#block-242818

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