La pratique sportive : la grande oubliée de l’héritage des JO Paris 2024 ?

Est ce que la pratique sportive sera la grande oubliée de l’héritage des JO de Paris 2024 ?.

Voilà, déjà 5 ans, en 2017, la France obtenait enfin le retour de la plus grande compétition mondiale sportive : Les Jeux Olympiques de Paris 2024. Les athlètes, les clubs, les fans se sont tous réjouis et la population s’est enthousiasmée de pouvoir vivre 100 ans plus tard le retour de la flamme Olympique en France.

Paris 2024 se retrouve face à tant de défis. Alors comment intégrer ces Jeux Olympiques dans la « politique générale » de la nation; tant du coté éducation, sport, jeunesse, sociale et même financier; sans que cette manifestation soit de nouveau critiquée pour mauvaise gestion et éthique …

Le COJO 2024 indique dans ses engagements que « Les Jeux sont l’occasion rêvée de progresser. Pour l’environnement, pour l’emploi, pour l’économie, pour l’éducation … Notre résolution est de mettre le sport et l’engouement autour des Jeux au service de la société. ».

L’héritage de Paris 2024, le grand projet sociétal du CIO

Cette notion d’héritage est introduite dès 2003 dans la Charte Olympique et est définie par le CIO comme : « […] le résultat d’une vision. Il englobe tous les bénéfices tangibles et intangibles à long terme amorcés ou accélérés par l’accueil des Jeux Olympiques / de manifestations sportives pour les personnes, les villes/territoires et le Mouvement olympique. » (CIO, Approche stratégique en matière d’héritage : Une stratégie pour l’avenir, décembre 2017).

Depuis 3 Olympiades, le CIO a insisté sur une meilleure stratégie d’anticipation des coûts, mais aussi une capacité à construire des « héritages durables ». Encourageant à concevoir les JO dans une temporalité supérieure à celle des épreuves intégrant la notion « d’héritage ». Cette approche incite à réfléchir sur l’après JO afin d’éviter ces fameux éléphants blancs : stade / sites laissés à l’abandon à la fin des Jeux comme cela a pu être constaté durant précédentes sessions olympiques (Athènes, Rio, etc.).

Outre les infrastructures, l’approche « des bénéfices intangibles » demande aux villes candidates de prévoir des valeurs et engagements sociétaux en lien avec le sport.

Fort d’une capacité à ne pas avoir à construire de l’infrastructure, Paris 2024 cherchera à construire autour des valeurs sportives, sociétales.

Paris 2024 ; peu d’infrastructure à bâtir, beaucoup d’héritage à construire

Afin d’être en adéquation avec cette vision, Paris 2024 a dès le début dans son dossier de présentation fait le choix stratégique de se baser sur des structures existantes : stades, espaces sportifs, savoir-faire des salles polyvalentes ou espaces culturels remodelables en terrain de sport éphémère …), d’une part pour gérer le coût des JO mais aussi pour ne pas « laisser un héritage économique » trop lourd pour l’après compétitions.

Il n’en reste pas moins que certains équipements sportifs ont été construits (Centre Aquatique, Site d’escalade, Espace Médiatique et classique Village Olympique…) avec des programmes spécifiques de reconversion post-JO identifiés pour chacun d’eux.

Fort de ces atouts d’infrastructures, Paris 2024 à depuis 5 ans misé sur des valeurs sociétales fortes : Environnement et Durabilité, Economie et Sociale, Sport et Société que le comité d’organisation souhaite léguer à la population et aux visiteurs de ces JO.

Autour de ces thèmes, 6 grands axes ont été cités dès novembre 2019 par le COJO et le gouvernement français :

  • Favoriser les pratiques sportives des Français
  • Rayonner dans le monde à travers l’innovation et la culture
  • Accélérer la transition écologique
  • Nourrir les ambitions olympiques : haute performance sportive
  • Construire les infrastructures et aménagement du territoire de demain
  • Engager la population autour des Jeux

Le plan héritage de l’Etat est composé de 20 mesures phares décliné en 170 mesures qui doivent permettre de faire des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 un levier de transformation durable dans les domaines de l’éducation, de l’emploi, de la santé, du handicap, de la culture, du sport ou de l’environnement.

La construction stratégique de ces axes fruits d’une vision collégiale, publique et privée, débattue, coconstruite entre le COJO, le ministère, les fédérations, les acteurs de la pratique et les sportifs eux-mêmes parait efficace et pragmatique. Dès 2018- 2019 les valeurs de l’héritage intangible de Paris 2024 sont unanimement validés.

Le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) ont publié leur vision de l’Héritage sportif de Paris 2024.

En d’autres termes : « Faire de la France une nation sportive et du sport un élément central d’un projet de société ». Cette ambition, s’appuie sur 15 propositions d’actions concrètes pour inviter toutes les parties prenantes à investir dans le sport.

Pour des Jeux de Paris 2024 et un héritage réussi, les propositions s’articuleraient autour de la génération à venir (création de « Jeux des jeunes », programme « dirigeant de demain », création d’une carte sportive « découverte »), du numérique (création d’une plateforme d’excellente environnementale par le sport, création du fonds de modernisation) et de la promotion des athlètes en tant que porteurs de valeurs de l’olympisme et du sport.

Les objectifs sont multiples :

  • Faire du sport une école de la vie
  • Développer le sport pour tous et à tous les âges
  • Mettre en valeur les athlètes, au cœur des ambitions et des intentions
  • Développer une culture autour des valeurs du sport, de l’engagement et du respect
  • Accroître la responsabilité sociétale des organisations sportives.

Pour le CNOSF, le sport se doit d’être exemplaire en matière d’éco-responsabilité et du respect de l’environnement. Les mesures proposées par la contribution du Comité vont en ce sens via la création d’un dispositif pour mesurer l’impact économique et social des grands événements sportifs, la réalisation d’un plan d’accueil tous publics ou faire évoluer les dispositifs législatifs et réglementaires en lien avec les expertises nationales.

Le mouvement sportif s’est engagé à poursuivre la dynamique de création d’emplois, créer une plateforme d’excellence environnementale et des dispositifs d’accompagnement dans leur démarche de responsabilité sociétale tout en valorisant les initiatives à impact.

La vision plurielle, transversale, inclusive de la pratique sportive, que la politique adore citer, n’est pas dérangeante bien au contraire. Ces valeurs sont (re)connues par toutes et tous ; mais elle cache un loup, celui d’un oubli simple et crucial dans l’équation de la réussite de l’héritage des JO de PARIS 2024 : « le temps long ». Celui qu’il faut pour que chacun de ces axes puissent voir fleurir les bénéfices « matériels et immatériels » des actions menées.

Construire la pratique sportive dès aujourd’hui, pas après 2024

Parmi les axes d’héritage, la pratique sportive a été placée en 1èr, un signe d’une priorité. Cependant, dans les faits assez peu d’actions concrètes ont été menées depuis 2017.

Oui le plan « piscine » a été lancée dans des territoires qui avaient identifiés ces manques pour une partie de la population, pareil du côté de l’éducation nationale avec le plan « 30 minutes de sport par jour » autour de la « semaine olympique et paralympique » en Février 2020 – vite coupée par l’arrivée de la pandémie du Covid19 qui a assurément freiné les mises en actions prévus. Bien relancée par Thomas Pesquet en 2022 : « L’astronaute de l’ESA a lancé un défi à la #Generation2024 pour la Semaine Olympique et Paralympique 2022. Les jeunes ont tellement bougé qu’ils ont accomplie la #Mission30minutes haut la main ! »

Mais la mise en « mouvement » de la pratique sportive pour tous manque encore d’une dynamique claire et nationale.

La « caisse de résonnance médiatique » d’être la future ville hôte des jeux engage, la ville, les régions et les territoires à réfléchir à leurs moyens d’actions en local pour profiter de cet événement et dynamiser leur population.

Le label « Terre de Jeux 2024 » avait été lancé sous cet objectif. Il a réussi à mobiliser en nombre des territoires mais pas encore à amener le sport auprès des personnes qui en ont le plus besoin pour leur santé, leur bien-être ….

Savoir dès 2017 que l’on aura en 2024 un tel évènement demande un rétroplanning, un plan d’actions à mettre en place en amont de l’événement pour réussir sociétalement la mise au sport du plus grand nombre après 2024.

Il est du ressort des territoires, des fédérations, des clubs de réussir à animer dans leur espace d’actions des événements pour « aller vers » les populations en attente de sport, et pas uniquement dans un but « marchant » qui serait de transformer l’acteur par une licence fédérale.

L’héritage de la pratique sportive – pout tous – n’est pas achetable, elle se vit, elle se ressens, elle se partage avec ou sans licence.

Alors à vos baskets, prêts ? Sportez !

Le mot « héritage » est souvent assimilé dans le langage commun au mot « argent », un patrimoine acquis ou construit tout au long de la vie. La majorité des Héritages se touchent à la fin des vies, là, la notion d’héritage doit se placer durant la vie, comme une capacité à toucher les bénéfices dès aujourd’hui et pour les jours à venir.

Placer la notion d’héritage du sport en l’adossant à des valeurs et bénéfices sociétaux est un vrai défi que nous devons relever chacun dès aujourd’hui.

La pratique du sport est une activité souvent assimilée à pleins de valeurs, des bienfaits : dépassement de soi, esprit d’équipe, camaraderie, inclusion, de capacité à sociabiliser, à (se) réunir, à partager … sans oublier le sport santé. 

Ces valeurs sont reconnues. Mais nous oublions que le premier bénéfice d’une pratique sportive individuelle ou collective reste avant tout pour soi-même; et cela qu’elle que soit sa condition.

Et c’est sur ce constat simple qu’il faut placer le débat de l’héritage Paris 2024. En parler, c’est parfait. Le pratiquer c’est mieux et sur la durée c’est idéal.

Si l’événement aura inévitablement un effet immédiat grossissant façon loupe à l’été 2024, construire l’héritage des Jeux ne peut s’entendre que dans la durée pour éviter que l’effet ne soit aussi fort qu’éphémère.

L’engouement soulevé par la nomination de Paris 2024 doit enclencher dès aujourd’hui les efforts nécessaires à la construction d’une meilleure pratique du sport pour tous et à tout âge. L’avenir se construit au présent.

Alors attendre 2024 pour espérer construire un héritage est une perte de temps que nous ne pouvons plus se permettre. Alors à vos baskets, prêts ? Sportez !

Charles Boiry

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