L’Industrie Musicale à l’Ère du Numérique

Dans ce “dossier des métiers qui diffusent la culture”, parlons maintenant de l’industrie musicale. Elle représente une part importante de création et de transmission culturelle. Elle aussi a été touchée de plein fouet par la révolution numérique que l’on vit tous.


Selon le classement de la SNEP (syndicat national de l’édition phonographique), l’année 2018 aura vu en France la part du Chiffre d’affaire du numérique dépasser pour la première fois le chiffre d’affaire des ventes physique.

En effet les ventes associées aux téléchargements et au streaming ont progressé de 18,7% en 2018 à 335 M€. Mais cela masque une disparité importante, le streaming progresse de 26% alors les téléchargements ont baissé de 20% et les musiques de téléphone de 19,2%.

Dans le même temps le marché global français de la musique enregistrée a progressé de 1,8% à 735 M€.

Mais cela reste une progression beaucoup plus faible qu’au niveau mondial où la croissance du marché a été de +9,7% en 2018 à 19,1 Mds us $, revenant ainsi à un revenu équivalent à celui de 2006, soit avant la crise.

Maisons de disques

Le streaming a-t-il enrayé la perte du chiffre d’affaires des maisons de disques me direz-vous ?

Il semble que oui,  suivant l’article des échos publié en février 2018 les labels ont engrangé pas moins d’1 milliard de dollars de plus par rapport à l’année 2016 que ce soit, pour SONY, UNIVERSAL ou WARNER  passant de 11 à 12 milliards selon le “music business worldwide”. La plus grosse croissance revient à UNIVERSAL qui voit son budget accroître de 503 millions de dollars de plus en un an, vient ensuite WARNER avec une hausse de 331 millions de dollars puis SONY avec une augmentation de 206 millions de dollars. Alors oui le streaming a bouleversé les codes mais au final les labels s’en sortent plus que bien et elles comptent continuer sur cette lancée afin de générer encore plus de chiffre d’affaires.

Avec l’arrivée du Numérique, les maisons de disques ont du revoir leurs méthodes de recrutement de talents. Avant les réseaux sociaux, il fallait pour ces structures investir sur des recruteurs et dénicheurs de talents, organiser des castings plus ou moins géants (la création de la “Star Academy” par exemple) et autres événements promotionnels dans des grandes villes. La participation à différents festivals, concerts dans petites salles permettaient aussi de valider l’artiste avant de le faire signer.

Désormais, la “toile numérique” a remplacée cette séquence de recherches et détections. Le marché de la recherche de talents ne se fait plus uniquement sur des critères de voix mais surtout avec l’audience web : nombres de “vues, like” et avec la “communauté créée”.

A côté, des structures numérique de promotions des artistes, hors cadres des majors, ont vus le jour comme MyMajor Company ou chacun (auditeur, citoyen) peut soutenir financièrement via un système de crowndfounding tel ou telle artiste.

Là aussi – selon l’audience numérique – l’artiste révélé par ce système se retrouve approché et “labbelisé” dès son 2ème ou 3ème album avec tout les moyens, soutiens et actions que ces structures maîtrisent.

 

Les maisons de disques ont utilisés les mutations numériques pour à la fois augmenter leur CA mais aussi capter toujours plus de talents issus du web.

 
Quid de l’avenir du fameux “Compact Disc” ?

Le marché de la musique a subi une succession de crise depuis plus de dix ans avec l’apparition de diverses sites de téléchargements illégaux que ce soit: e-mule, peer to peer, music torrent etc… Ce qui a notamment entraîné la création de la “loi HADOPI“.

En 2018, les supports physiques représentent encore 43% du marché global mais en baisse constante depuis 20 ans avec un chiffre d’affaire divisé par 4 et une baisse de 15% rien que pour cette dernière année.

Dans ces conditions comment ne pas se poser la question de l’avenir du compact disc (CD) et qu’à l’heure actuelle il est plus que menacé, Il est fort à parier que dans les dix voir vingt prochaines années, on assistera à la fin du des supports CD pour faciliter la vente dit de contenu musical numérique sauf si, comme le vinyle qui a quintuplé ces ventes et son chiffre d’affaire à 48 M€, il renaitra de ses cendres.

C’est dans ce contexte que l’on peut s’interroger sur l’avenir du métier de “disquaire”

Malgré le fait d’avoir en France plus de 4000 points de ventes toute catégories confondues la vente physique de la musique est en chute libre (-15%) et ce même si le vinyle connaît un « retour » en force avec plus de 3,2 millions albums vendus l’année dernière, les disquaires indépendants cherchent à diversifier leurs actions et méthodes d’achats / ventes car les ventes CD eux tournent en rond, mais pour combien de temps encore ?

La diversification et la création d’événement constituent certainement des vrais pistes pour garantir la pérennité de ce métier :  mini concerts, événements de type : “disquaire days“, café disquaire sont autant d’initiatives positives qui fleurissent aujourd’hui et devront se développer dans le futur.

Qu’adviendra-t-il du droit d’auteur, de la protection des artistes à l’ère du numérique ?

Le digital et plus précisément le numérique ont entraîné de vrais changements pour les professionnels du disque, mais aussi pour les consommateurs de la musique. Artiste et les droits d’auteur associés qui représentent potentiellement une part importante des revenus sont aujourd’hui au cœur des débats.

Si le streaming permet à l’industrie de retrouver un peu d’air suite aux auteurs comme aux maisons de disques. L’Europe vient de prendre sa part dans la préservation des “droits d’auteurs”, par une nouvelle directive votée le 26 mars dernier par 348 voix pour ; 274 contre. Il s’agit d’un vote historique sur un texte qui renforce les droits des créateurs européens. La directive prévoit notamment l’instauration de nouvelles obligations qui visent très directement les grandes plates-formes du Web (GAFAM et autres).

Son article 17 impose à ces plates-formes de conclure avec les ayants droit des accords afin qu’ils soient rémunérés lorsqu’un utilisateur poste une œuvre (un texte, une chanson, un film…) dont ils sont titulaires des droits. Ce texte cherche à rééquilibrer les rapports de force entre les créateurs et les grandes plateformes du web

Ces nouveaux droits devront être transcrits en droit national par tous les pays de l’Union dans les deux ans.

Conclusion

Les artistes vont certainement devoir se réinventer. Le numérique est à la fois une aubaine mais aussi un perturbateur car il force toute la profession, à une profonde remise en question dont la façon dont ils créent leur musique et leurs œuvres

Pour cela le numérique va leurs permettent de devenir des artistes dit augmentés, mais ils devront changer la manière dont ils mettent en vente leurs supports en privilégiant à l’avenir les plateformes de streaming et de téléchargement, dans la mesure ou ces dernières préserveront leurs droits.

Le “Tout Numérique” musical n’est pas encore pour demain, certes les réseaux sociaux sont aussi un point de passage obligé; mais le “réel”, le phygital musical sera bel et bien là : il suffit de voir l’engouement des festivals et des concerts se multiplient. Les artistes ont et auront toujours besoin de partager les vibrations et énergies avec leur fans sur scènes.

L’industrie musicale à l’ère du numérique : Un univers, des métiers en pleines mutations mais qui sont en passe de trouver de nouveau modèle économique

 

 

Clémence de Lambert
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