La dure reprise économique après le COVID19

Si le déconfinement a eu lieu en France, le 11 mai, la situation, notamment économique, ne va pas s’améliorer immédiatement ! Pour rappel, en avril Bruno Le Maire évoquait déjà une crise « violente », « globale » et « durable ». En 2020, la France pourrait bien connaître sa pire année de récession économique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et selon des estimations, le pays pourrait même vivre une récession de 8%. Mais pour 65 % des Français, l’essentiel reste la santé ! Selon une étude YouGov, commandée par Monster, plus d’un actif sur deux est inquiet à l’idée de retrouver son lieu de travail et des milliers de Français envisagent même de prolonger le télétravail. Et sans surprise, les personnes dont les activités ont été interrompues ou ralenties sont les plus inquiètes : 60 % des interrogés ayant été mis en chômage partiel appréhendent davantage une lente reprise, alors que « seuls » 46 % des 25-34 ans ressentent cette appréhension.

Quant à l’ambition, elle est freinée par l’arrêt forcé de certaines entreprises. Si le présent inquiète, l’avenir est aussi cause de beaucoup d’angoisses. Ainsi, 58% des personnes interrogées craignent quant à leur évolution professionnelle. Les 18-24 ans, nouveaux sur le marché de l’emploi, sont 76 % à être inquiets quant à leur avenir professionnel, soit +19 points par rapport à l’ensemble des répondants, et 43 % a peur de ne pas trouver ou retrouver d’emploi dans les prochains mois. Pire, 52 % des répondants craignent les licenciements et un quart des Français sont inquiets de ne pas trouver ou retrouver d’emploi dans les mois à venir.

Vers quel scénario ?

Selon Béatrice Mathieu, rédactrice en chef à l’Express, la chute du PIB français à 5,8% au premier trimestre 2020 (en comparaison, au deuxième trimestre de 1968, dans le contexte de Mai 68 elle était de -5,3%, précise l’Insee), va se poursuivre…

Les économistes évoquent une contraction d’un trimestre à l’autre entre 15 et 20%. Mais la spécialiste explique sur Boursorama.com que dans le camp des optimistes, la situation économique est meilleure qu’en 2008 et 1929, et donc la reprise devrait être soutenue. Les ménages ont en effet accumulé une réserve d’épargne. Chez les pessimistes, plus nombreux, on parle plutôt de dépression que de récession. Eux évoquent un scénario en L, sans rebond ni reprise donc. Ils évoquent la déflation avec la baisse des prix et des salaires, qui entretient la contraction de la demande.

   

Le scénario qui monte est celui en W, développé par Jeffrey Frankle, ancien conseiller économique de Barack Obama. Ce professeur à Harvard met en garde s’appuyant sur deux exemples du passé. D’une part, celui de la grippe espagnole (entre 1918 et 1919) quant au scénario sanitaire et ce qui s’est passé en 1937 pour le côté économique. En effet, lors de la grippe espagnole aux Etats-Unis, une ville comme San Francisco avait très bien géré la première phase, mais a fait le V de la victoire trop tôt et a été frappée par une deuxième vague bien plus meurtrière… Le parallèle est donc facile à faire avec la crise sanitaire actuelle : méfiance quant à un nouveau confinement possible. Si l’histoire ne se répète pas, le second exemple, économique de 1937, permet de comprendre que les soutiens économiques et budgétaires risquent de durer, jusqu’en 2021, voire plus. Il faut donc intégrer ces données pour entrevoir la possibilté d’un scénario en W. Au final, seule question à se poser : à quel moment allons-nous retrouver le niveau antérieur de la récession ?

Une chute vertigineuse du PIB

Au moment où l’activité reprend peu à peu, la crise économique est tout de même l’une des préoccupations majeures des Français. Selon un sondage YouGov, 77% des personnes interrogées redoutent la prochaine récession mondiale. Et l’action du gouvernement ne permet pas de les rassurer.

En effet, 62% des répondants jugent que l’exécutif gère plutôt mal cette épidémie de coronavirus. C’est le score le plus élevé parmi ceux des citoyens des autres pays (Etats-Unis-53%, Allemagne-30%, Australie-13%…). Enfin, 61% des Français redoutent déjà que leurs finances soient « sévèrement » impactés en raison de la pandémie. Dans le détail, 44% s’inquiètent de ne pas pouvoir régler leurs factures. Et 42% anticipent que la situation financière de leur foyer sera détériorée d’ici 12 mois.

Et pour cause, les perspectives ne sont pas rassurantes selon les dernières prévisions économiques de la Commission européenne, relayées par Statista. Pour rappel, l’Europe tablait sur une croissance de 1,2 % en 2020 dans l’UE à 27. La pandémie de coronavirus a rebattu les cartes et désormais c’est bien une chute vertigineuse du PIB de 7,4 % qui est attendue. En comparaison, la crise financière de 2008 avait entraîné un repli de “seulement” 4,5 % au sein de l’UE en 2009. Et les chiffres sont sans appel : aucun État membre de l’UE ne sortira indemne de cette crise. La récession de l’Italie et de l’Espagne, deux pays fortement touchés par le coronavirus, est estimée à plus de 9 % en 2020. Pour la France et le Royaume-Uni, les nouvelles ne sont pas meilleures puisque le PIB devrait connaître une baisse d’environ 8 %. Pour rappel, l’Hexagone a déjà enregistré une baisse de près de 6 % au premier trimestre. Même l’Allemagne d’Angela Merkel saluée pour sa bonne gestion de l’épidémie et un confinement plus léger que ses voisins, devrait tout de même voir son PIB se contracter de plus de 6 % cette année.

Des entreprises recrutent malgré tout

En outre, d’autres données inquiètent. Au premier trimestre 2020 selon les dernières estimations de l’Insee, le chômage a augmenté de 7 % en mars, un chiffre qui n’avait plus été atteint depuis le début des séries statistiques en 1996. Pire, selon les dernières prévisions de la Commission européenne, le taux de chômage, qui s’élevait à 8,5 % en France l’année dernière, pourrait à nouveau passer la barre des 10 % cette année.

Un retrait du chômage à 9,7 % est ensuite prévu pour l’année 2021. Et la vague de chômage attendue dans d’autres pays pourrait être de plus grande ampleur, en particulier en Espagne et aux Etats-Unis, des pays qui n’ont pas mis en place de dispositif de chômage partiel financé par l’Etat. Le taux de chômage pourrait y faire un bond d’environ cinq points de pourcentage en 2020.

Mais on l’a vu précédemment le moral est le talon d’Achille des Français. Alors pour tenter de voir le verre à moitié plein pour une fois et découvrir un bon côté de cette crise, il est important de s’intéresser aux entreprises qui recrutent malgré tout pendant cette période plus que compliquée. Ainsi d’après une analyse réalisée par Glassdoor et relayée par Business Insider, les grandes entreprises de services publics maintiennent actuellement le niveau de recrutement le plus élevé. Le 30 avril, la plateforme de recherche d’emploi recensait entre 1700 et 2000 offres d’emploi actives sur son site pour la SNCF, EDF et La Poste.

Parmi les entreprises liées à plus de 300 offres actives sur le site à cette date, on retrouve également des représentants de l’industrie de la défense tels que Naval Group et Thalès, mais aussi l’opérateur de télécommunications Bouygues Telecom, le géant français du jeu vidéo Ubisoft, ou encore le Crédit Agricole.

La crise sanitaire qui est loin d’être terminée a bien impacté l’économie et continuera de le faire ces prochains mois, mais des chiffres sont encourageants : il suffit de se concentrer sur ces derniers.


Marie-Eve Wilson-Jamin

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