ATP, ITF et Top Joueurs … vers une nouvelle gouvernance pour le Tennis ?

A l’aune de la fin de la « Coupe Davis » d’antan … le sport individuel le plus international et mondialisé vit une période de mutations. Le changement de format de la Coupe Davis n’est un prétexte pour redistribuer les balles neuves de la gouvernance du Tennis Mondial.

Les organisations dirigeantes (ATP : Association des Tennisman Professionnels et ITF : Fédération Internationale de Tennis) se livrent une bataille de fond de court sur les prochains formats de  compétitions collectives dans un sport tellement individuel. De leur coté, les joueurs ne sont pas en reste et « profitent » de ce débat médiatique pour tirer meilleur partie de ce duel d’institutions. Alors qui de l’ATP, de l’ITF ou des joueurs sortiront gagnants ; et quelle sera la prochaine plateforme de gouvernance pour le tennis ?

L’ITF modifie son format de la Coupe Davis dès 2019 …

 

« jeu set et match » pour la saison 2018 de Tennis, avec la victoire de la Croatie sur la France pour la « dernière » version de cette Coupe Davis. Loin d’avoir été sportivement riches de duels et confrontations, cette année, aura été marquée par des propositions, mutations de gouvernance d’un sport en quête de renouveau afin d’éviter un trou d’air médiatique et économique après les 15 fastueuses années d’un « big four » omniprésent.

Il ne faut pas se tromper, les actuelles mutations du tennis n’ont d’autres souhaits et volontés que de voir perdurer un système économique, médiatique et de voir rester les meilleurs joueurs du monde sur le court encore quelques années : à commencer par le « plus » grand joueur de tous les temps Roger Federer. Voilà plus de 15 ans que le tennis « masculin » tient et est tenu par ce que l’on nomme le « Big Four » : Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray.

L’hégémonie des résultats sportifs, la puissance et caisse de résonnance de leur présence ou non sur tels ou tels tournois font de ces 4 athlètes des marques plus puissante sur les propres structures dirigeantes de ce sport. Pour preuve leur présence sur les réseaux sociaux

C’est autant de duels mythiques sur tous les courts, devant tous les fans du monde entier. Quasiment à eux seuls, ils ont encore plus internationalisés les compétitions et assurés le lancement des créations des nouveaux tournois (surtout sur le continent asiatique). Permettant aux recettes commerciales de l’ATP World Tour de croitre.

Du coté de l’ITF – actuel gestionnaire de la compétition de la Coupe Davis – chacun a par le passé fortement méprisé ses « trop » nombreux tours de qualifications et ont laissés aux autres joueurs la possibilité de représenter leur pays, cependant il est aussi important de noter que chacun des joueurs du « big four » l’a au moins gagné une fois !

Validant au passage une forme d’équité des maitres coté palmarès.  Mais sans états d’âmes, ils ne se sont jamais positionnés comme des défenseurs intemporels du format classiques (4 week ends dans l’année, sans points ATP et sans gains financiers).  C’est sur ce constat que la Fédération Internationale de Tennis a souhaité appuyée la mutation sportive et économique d’une compétition centenaire.

Avec cette nouvelle formule : 12 tours qualificatifs afin de ne garder plus que 18 sélections pour la 2ème semaine ; cette dernière aura lieu en novembre et débutera par une phase de groupe avant un tableau à élimination directe – …. [ désolé de vous avoir perdu, nous aussi lol ] … , l’ITF a signé un partenariat lucratif avec le groupe d’investissement Kosmos, présidé par le footballeur Gérard Piqué.

Ayant écouté les « doléances » : elle s’assure 3 milliards de dollars (2,5 milliards d’euros environ) sur 25 ans, vingt millions de dollars (17 M EUR) annuels garantis aux joueurs, et plus encore aux fédérations.

Car la voila la principale révolution de la reprise en main de la Coupe Davis : Toujours plus de revenus pour les fédérations et mettre un prize money aux joueurs … et permettre aux grands joueurs de s’intéresser à cette compétition. « Gain, points et match ».

… en face de quoi l’ATP lance « L’ATP CUP » en 2020

C’est un fait notable, Il n’y a jamais eut autant de compétition en équipe de Tennis. Début novembre 2018, l’ATP sentant le filon de l’esprit « collectif » a annoncé la création de «l’ATP Wolrd Team Cup», contracté sous le nom d’«ATP Cup»(1) qui remplacera donc la Hopman Cup.

Elle fera le lien avec la 1ère levée du Grand Chelem en Australie, (re)donnant encore plus de poids au début de saison et permettant à une nation et territoire historique de ce sport de voir durant 1 mois tous les champions sur ce pays continent qui a si longtemps fourni des grands champions pour ce sport.

Le format sera une compétition par équipes, entre nations, qui s’affrontent lors d’un tournoi sur 9 jours. 24 équipes seront réparties dans 6 poules. Les 6 premiers jours seront consacrés aux phases de poule avant de procéder aux phases finales. La compétition se déroulera dans 3 villes différentes. Deux simples et un double formeront un seul « match ».

Novak Djokovic : «J’apprécie que ce soit une compétition dirigée par l’ATP et qu’il y ait des points ATP à la clé, ce sera la meilleure manière de débuter la saison»

Fort de ce soutien déjà annoncé d’un des joueurs majeurs du circuit – Car là ou se trouve concrètement l’avantage, pour ne pas dire la carotte séductrice pour les joueurs du circuit ATP – se sont bel et bien les 750 points à la clé. Compétition qui sera aussi fortement dotée : 15 millions de dollars ; La première édition devrait avoir lieu du 3 au 12 janvier 2020.

… et du coté du Joueurs : Federer lance sa « propre » compétition : la « Laver Cup »

Sous un concept proche de la Ryder Cup de Golf – duel tous les 2 ans entre une sélection US vs une sélection Europe – cette récente compétition lancée en 2017 par le Suisse Roger Federer(2) fait affronter une « sélection Europe » contre « le reste du monde » avec 2 capitaines prestigieux et fantasques comme : Borg et McEnroe.

Un format de compétition original (3 simples et 1 double par jour au meilleur des trois sets, avec un 3e « set » se jouant en dix points), sans oublier des primes d’engagement rondelettes et tenues secrètes.

Pour Federer, la Laver Cup, qui célèbre le légendaire joueur australien Rod Laver, permet de briser la monotonie du circuit ATP.(3).

Ce type de compétition réunit globalement les « élites » et poids lourds du marché du tennis mondial. Le poids économique, digital (via les réseaux sociaux) du « big four » permettra t il à terme de voir plus de format privé remplir un calendrier « parallèle » au circuit ATP ?

Cette hégémonie sportive s’effritant doucement, ce type d’événements permettraient de :

1° reculer un peu plus leur départ « à la retraite »

2° s’accaparer une part du gâteau commercial mondial que le circuit a construit grâce à eux …

Le fait que Federer soit tout aussi bien joueur et organisateur pose réellement la question ainsi : les joueurs prennent ils la main sur les instances mondiales ? Serait ces les prémices de confrontations d’intérêts (Joueurs vs Organismes du circuit) sous le prisme de ses format (s) et nouvelles compétitions afin de faire bouger les lignes de la gouvernance mondiale du Tennis ?

Y a t-il d’autres nouveautés à surveiller ?

Tous s’accordent sur un point : faire durer à la fois la poule aux œufs d’or financières construites depuis des décennies faisant des structures mondiales pérennes et des joueurs stars multimillionnaires. Mais y a-t-il de la place pour voir émerger de « jeunes » nouveaux talents ? Seront-ils – assez rapidement – capable de rivaliser autant sur le rectangle ocre ou surface dur que sur les outils numériques ?

Notons 2 éléments :

A – l’arrivée d’une compétition ATP : Next Gen(4)

et

B – des associations de sponsors investissent le terrain de la prochaine génération.

A – La « Next Gen »

 

La récente – 2 éditions – arrivée d’une compétition de fin de saison rassemblant les huit meilleurs joueurs mondiaux de moins de 21 ans organisé par l’ATP fait office de nouveauté. Elle en a fait son laboratoire d’innovations.

Le tournoi bouscule les règles :

  • set de quatre jeux gagnants
  • tie-break à trois points,
  • point décisif à égalité,
  • pas de let,
  • un temps limité à 25 secondes pour servir,
  • suppression des juges de lignes au profit d’un système automatique.

Bilan : Accélération du jeu, durée de match plus compact idéale pour les diffuseurs … le tennis tentent une mue original – très souvent demandé – et joue une carte « jeunesse ».

Outre les tests de modifications des règles, c’est aussi un format plus « festif » avec un dispositif de « Jeux de lumières et musique électro » visant un public plus jeune.

Cela fonctionne coté annonceurs avec des marques mondiales friandes de nouveautés comme Tag Heuer, Redbull (excusez du peu, genre d’exception à leur règle somme toute statutaire de n’etre partenaire que de compétitions qu’elle même organise) et Amazon (mastodonte mondial du numérique, « membre » des GAFA, qui sont de plus en plus intéressé par les achats de droits numérique cotés sport)

Le format semble fonctionner. Restera à savoir si les résultats commerciaux affichés iront avec l’éclosion de talents capables d’aller titiller sur la durée les leaders tennistiques actuels autant sur les cours que sur les réseaux sociaux. Sur ce dernier points il est clair que le chemin est encore long.

 

B – Des pactes de sponsors jouent la carte « ultra » jeunes

Le sponsoring et le tennis ont toujours eut de longues et belles histoires ; la fidélité d’un BNP Parisbas l’en atteste. Cependant, récemment, des associations de marquent se sont démarqués et visent une cible bien plus jeune dans un souhait clairement afficher : faire emerger les futurs stars de la petite balle jaune.

L’association « Lacoste et Technifibre » illustre parfaitement ce sujet. Le projet lancé « les petits crocos » permet aux 2 marques de créer une forme d’académie tennistique (genre de centre de formation) afin de promouvoir l’éclosion de très jeunes talents. Les sélectionnés sont à la fois de réels ambassadeurs des marques, des valeurs sportives mais collent aussi au souhait d’internationaliser le contact marque / tennis.

La marque Française « Lacoste » sort « enfin » de son patriotisme historique et voit avec cette activation marketing un véritable terrain de promotion de ces valeurs.

Elles ont aussi d’une certaine façon disrupté la fonction d’agent de joueur qui à ce rôle de trouver des partenariats et contrats de sponsoring pour les athlètes.

 

Conclusion et perspectives

L’année 2018 a été riche de nouveautés amenant les instances (ATP, ITF) et les meilleurs joueurs sur le terrain d’une lutte et lobbys avec leur produit de compétitions par équipes notamment. Qui sortira vainqueur, y aura-t-il au final un perdant ou aucun ?

A l’image du jeu de société le RISK, la conquête territoriale, mondiale du tennis semble avoir atteint son apogée (présence sur les 5 continents seul le continent africain ne bénéficie pas encore de représentant régulier et de compétitions du circuit ATP), la puissance sportive et médiatique des cadors masculins amènent des nouveaux tournois à se monter ce qui oblige les instances à répliquer avec la promotion de compétitions de jeunes talents.

Le calendrier n’étant pas extensible, il semble probable que des compétitions de seconde zone soient sacrifiées à terme pour la mise en place de plus de compétitions portées par les athlètes (à l’image de celle portée par Federer) et qui de l’ATP ou l’ITF aura su convaincre avec les nouveaux formats appliqués aux prochaines compétitions par équipes ? l’avenir du tennis ne semble pas ébranler à court terme mais l’aspect géopolitique et gouvernance pourraient faire tourner le tout en faveur des joueurs au détriment des instances internationales qui tardent à réellement innover pour un sport centenaire.

La Fédération Internationale de Tennis à « fait tapis » avec sa nouvelle formule de « Coupe Davis » – verdict dans moins d’un an, le circuit ATP a fait amende honorable avec les meilleurs joueurs pour faciliter leur emploi du temps et favoriser leur choix sportifs au détriment d’une équité fortement demandé par 95% des autres joueurs, le big four certes sportivement en déclin mais résistant sur les très gros événement prépare t il leur « après carrière » en avançant des pions avec ou sans autorisations, bravant les droits et contrats actuels …

La gestion institutionnelle du spectacle sportif du Tennis par les instances est-elle encore la bonne ?, les produits et acteurs que sont les « top » joueurs prendront ils le pouvoir et la gouvernance d’ici à 2030 ?  Affaire(s) à suivre …

Charles BOIRY


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