Il y a les guerres que les historiens analysent pendant des décennies. Et puis il y a les guerres que Donald Trump commente sur Truth Social en pyjama depuis Mar-a-Lago. La guerre en Iran, déclenchée le 28 février 2026, opération baptisée avec tout l’art de la subtilité trumpienne « Fureur Épique », appartient résolument à la seconde catégorie.
« Deux à trois semaines » : le refrain qui ne finit plus
Retour sur la genèse du chef-d’œuvre. Le 28 février, Donald Trump a annoncé le début de l’offensive par une vidéo préenregistrée depuis Mar-a-Lago, avec une casquette sur la tête et sans cravate.[1] Churchill avait son discours « nous nous battrons sur les plages ». Trump a une casquette de golf et un smartphone. Cinq semaines plus tard, le 1er avril, date particulièrement bien choisie, le président a daigné s’adresser solennellement à la nation depuis la Maison Blanche, lisant son téléprompteur du début à la fin, signe que l’équipe de communication avait jugé la situation suffisamment grave pour limiter les improvisations.[2]
Depuis le 1er mars, le président américain a trouvé sa formule magique : « deux à trois semaines ». Répétée à chaque prise de parole, encore servie le 1er avril où Trump promettait de frapper l’Iran « extrêmement durement » pendant encore « deux à trois prochaines semaines », avant de « les ramener à l’âge de pierre, auquel ils appartiennent ».[3] Trente-huit jours après le début des opérations, le mantra reste immuable. L’âge de pierre, visiblement, est bien armé.
La diplomatie de l’ultimatum perpétuellement repoussé
Depuis le 21 mars, Trump a découvert une nouvelle technique : l’ultimatum. La méthode est rodée, fixer une échéance, promettre l’enfer, reporter, répéter. « Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer, VOUS ALLEZ VOIR ! Gloire à Allah », a-t-il écrit sur Truth Social le 5 avril, avec la majuscule et la majesté présidentielle qui s’imposent.[4] Le lendemain, en conférence de presse, le ton montait encore : « Le pays entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain. » Ce demain est désormais fixé au 7 avril à 20 heures, heure de Washington. C’est le quatrième report de l’ultimatum en moins d’un mois.[5] La porte-parole de la Maison Blanche a jugé utile de préciser que « le président Trump ne bluffe pas ». Ce qui, convenons-en, est rarement bon signe. L’armée iranienne, de son côté, a balayé ces déclarations comme de la « rhétorique grossière et arrogante » n’ayant « pas d’effet » sur ses opérations.[6]
Des objectifs qui changent comme des chaussettes
CENTCOM revendique 12 300 cibles touchées en Iran depuis le 28 février, et affirme que deux tiers des installations de missiles sont désormais « endommagés ou détruits ». Pourtant, l’Iran tire encore entre 20 et 30 missiles par jour selon les analystes, en baisse par rapport aux 30-40 du début, mais l’âge de pierre semble doter ses habitants d’une capacité balistique remarquable.[7] Les objectifs officiels, eux, ont fait leur mue. Exit le « changement de régime » évoqué en début de conflit, exit la libération du détroit d’Ormuz comme objectif déclaré. La Maison Blanche affiche désormais quatre ambitions : détruire les missiles iraniens, anéantir leur marine, éliminer le terrorisme régional, garantir qu’Iran n’aura jamais le nucléaire.[8] Quatre objectifs pour le prix d’un, aucun calendrier. Le détroit d’Ormuz, toujours fermé, reste le nerf de la guerre. Trump a demandé aux pays qui en dépendent d’aller « s’en occuper », comme si la maîtrise d’une voie maritime par laquelle transite 20 % du pétrole mondial se réglait comme un service de livraison. Macron a jugé l’option « irréaliste ». Trump a appelé ses alliés a « faire preuve de courage ». Il est facile d’être courageux avec le pétrole des autres.[9]
L’escalade militaire s’élargit
Pendant que Trump gesticule sur Truth Social, la guerre continue de faire des morts. Israël a frappé le plus grand complexe pétrochimique d’Iran à Assalouyeh, environ la moitié de la production nationale, ainsi que des appareils militaires à l’aéroport de Mehrabad à Téhéran. En retour, un missile iranien a touché directement un immeuble résidentiel à Haïfa le 5 avril, tuant quatre personnes. Le Liban, les pays du Golfe et l’Irak sont désormais frappés. L’Iran a menacé des représailles « beaucoup plus dévastatrices » si des cibles civiles étaient visées.[10]
Déchaîner l’enfer et faire flamber l’essence
Chaque déclaration présidentielle est désormais un événement sur les marchés pétroliers. Après le discours du 1er avril, le Brent progressait de 7,6 % à 108 dollars le baril, le WTI de 11,5 % à plus de 111 dollars, le Brent avait atteint 119,50 dollars en mars. Le cours du diesel européen a dépassé les 200 dollars le baril, niveau inédit depuis 2022.[11] La mécanique est désormais documentée : les mots d’escalade font flamber le brut, les mots de désescalade le font rechuter, les marchés arbitrent sur le lexique de Trump plutôt que sur sa stratégie. Les Bourses asiatiques sont devenues les sismographes de sa grammaire présidentielle.[12] Les sondages sont tout aussi éloquents : 56 % des Américains désapprouvent les frappes, 74 % s’opposent à l’envoi de troupes au sol. Selon le Wall Street Journal, des conseillers de Trump l’exhortent en privé à déclarer la victoire et à se retirer. Les midterms de novembre 2026 commencent à hanter les couloirs de la Maison Blanche.[13]
La guerre comme spectacle permanent
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a averti que la guerre risquait de provoquer une réaction en chaîne que « personne ne pourrait contrôler ». Le président du Conseil européen a exigé un arrêt immédiat, estimant qu' »après cinq semaines de guerre, seule une solution diplomatique permettra de s’attaquer à ses causes profondes ».[14] Mais qu’importe : le commandant en chef a sa casquette, ses hyperboles, ses ultimatums de 48 heures repoussés à J+15, et ses « deux à trois semaines » qui n’en finissent plus. Pour conclure son allocution du 1er avril, Trump avait sorti son argument massue : la Première Guerre mondiale a duré « un an, sept mois et cinq jours », la Seconde Guerre mondiale « trois ans, huit mois et 25 jours », sous-entendu, trente-huit jours en Iran, c’est presque rien. C’est vrai. C’est aussi exactement le genre de raisonnement qui donne des sueurs froides aux historiens, aux diplomates et aux marchés financiers. La guerre en Iran sera peut-être dans les livres d’histoire. La question est de savoir dans quel chapitre.
[1]https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2130000/guerre-iran-trump-annonce-offensive-verite-sociale
[2]https://www.france24.com/fr/amériques/20260401-guerre-au-moyen-orient-trump-s-adresse-solennellement-aux-américains
[3]https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/guerre-au-moyen-orient-donald-trump-annonce-que-l-iran-sera-frappe-extremement-durement-pendant-encore-deux-a-trois-semaines_7910366.html
[4]https://www.rts.ch/info/dossiers/2026/guerre-au-moyen-orient/2026/minute-par-minute/29203549.html
[5]https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/guerre-au-moyen-orient-une-strategie-de-l-ultimatum-souvent-utilisee-par-donald-trump-mais-pas-toujours-mis-a-execution_7919411.html
[6]https://www.letemps.ch/monde/moyenorient/en-direct-moyen-orient-l-iran-promet-des-represailles-devastatrices-en-cas-d-attaques-de-cibles-civiles
[7]https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/les-objectifs-americains-sont-ils-vraiment-proches-d-etre-remplis-en-iran-comme-l-affirme-donald-trump_7910561.html
[8]https://www.france24.com/fr/amériques/20260401-guerre-au-moyen-orient-trump-s-adresse-solennellement-aux-américains
[9]https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/guerre-au-moyen-orient-donald-trump-annonce-que-l-iran-sera-frappe-extremement-durement-pendant-encore-deux-a-trois-semaines_7910366.html
[10]https://fr.euronews.com/2026/04/06/iran-les-menaces-sintensifient-entre-trump-et-teheran-malgre-une-nouvelle-treve-evoquee
[11]https://fr.euronews.com/business/2026/04/02/trump-promet-des-frappes-marches-decus-le-petrole-remonte
[12]https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/02/trump-finances-iran/
[13]https://www.camer.be/92631/38:36/etats-unis-trump-face-a-la-guerre-en-iran-la-pression-des-prix-du-petrole-et-des-sondages-qui-change-tout-united-states.html
[14]https://www.letemps.ch/monde/moyenorient/en-direct-moyen-orient-l-iran-promet-des-represailles-devastatrices-en-cas-d-attaques-de-cibles-civiles










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